Ma vie, mon oeuvre

entre proust et kafka

16 juin 2008

Oh la biquette, on dirait Bambi!

AMBERAC

Un week-end presque parfait.

Mais juste parce que la perfection n'est pas de ce monde hein.

Arrivée samedi matin à A. petit bourg de 300 habitant au large d'Angoulême. Le trajet de Paris passe vite. Parce qu'on dort. Ma copine B. a cela de génial qu'elle ne semble pas connaître la susceptibilité. Ni la gêne. Ce qui a donné à notre arrivée à Montparnasse:

Moi - Oulala (baillement) je me suis couchée à 3H, ça t'embête si je dors dans le train?

Elle-rigole- J'allais justement de te demander la même chose, on se fera la conversation en arrivant hein.

Donc on a effectivement dormi comme des masses pendant 2h et on est arrivées à bon port carrément plus en forme. Son grand oncle, un vieux monsieur encore bien en forme, nous attendait à la gare et nous a fait une petite visite guidée d'Angoulême, que je n'imaginais pas si petite mais que j'ai trouvé mignonne avec cet univers de la BD omniprésent jusque sur les façades des immeubles à l'effigie de tel ou tel truc (grande connaisseuse de bd oui).

On arrive ensuite dans un charmant petit village, puis dans son adorable maison de famille qui nous abrîtera le temps du week-end. Un jardin avec un érable géant au milieu, où on peut poser un hamac l'été et bouquiner tout l'après-midi. Un potager avec tout ce que vous connaissez comme variété de fruits et légumes. Direct, on se jette sur les framboises, des rouges, des blanches, c'est trop bon. C'est mon nouveau rêve: avoir un potager. Mais qui dit potager ne dit pas Paris évidemment donc dit résidence secondaire. Bon ok, j'en ai même pas de principale pour l'instant mais moi aussi je veux ma maison de famille, rustique, solide, accueillant les parisiens fatigués pour quelques jours ou pour une seconde vie.

Les framboises étaient donc délicieuses. Puis un potager c'est tellement bien, que quand tu manges ta saucisse, l'oncle te dit "on prendrait bien un peu de ciboulette non?" et B. n'a plus qu'à courir dans le jardin pour en ramener quelques brins. C'est-y pas merveilleux ça?

Le temps étant clément en ce samedi après-midi, on enfourche les vélos pour une balade sur ces petites routes de campagne où en deux jours on a croisé personne. Enfin presque mais je parlerai de cette personne plus tard. Donc on roule, on roule, c'est plat, puis ça monte mais pas trop, on traverse des ponts surplombant de petites rivières qu'on-se-baignerait-bien-dedans-si-on-était-pas-en-Févrijuin. Et puis arrivées en haut d'une colline on repère notre oasis, un petite prairie où on sent qu'on sera trop bien allongées à papoter et à se faire bronzer l'air de rien.

Au bout de quelques minutes, je découvre que la lecture régulière de 20 minutes rend sérieusement parano. Un tracteur passe, je l'imagine s'arrêter, un paysan en sortir et nous décapiter à la serpe, puis nous violer (ou l'inverse mais la nécrophilie ça existe dans 20 minutes, c'est même courant). Je sens que B. me prend pour une folle mais qu'importe, moi j'ai vraiment peur. En plus on est en sous-tif, faut pas chercher le diable comme dirait les gens du coin. (trop mignons les provinciaux).

Bon finalement je me détends et après deux heures de parlotte, on est sérieusement bronzées (rouges commes des pivoines qu'ils diraient) mais à Paris on dit bronzées, on est pas dans la nuance. Puis vient une autre paranoia, sans paysan pervers. Cette fois-ci il s'agit de l'Allergie. Ben oui qui dit herbes folles, pucerons, guêpes, boas constructor dit aussi petits boutons qui apparaissent d'un coup d'un seul, et qui grattent.grattent.grattent. Désolée mais ne pensant plus qu'à ça, on reprend les vélos et on repart pour de nouvelles aventures.

B. me dit qu'elle connaît un coin super sympa au bord de la Charente pour se poser. Moi, qui rêve de voir de l'eau, un ruisseau, une flaque, un étang mais de l'eau. Je suis plus que partante. On prend un petit chemin qui s'arrête malheureusement au beau milieu d'un champ qu'on doit donc traverser à pied en poussant le vélo. Evidemment avant de partir j'ai pas pensé une seconde à prendre mon kit de survie en milieu hostile, à savoir des baskets et des fringues pourries! Non j'avais mes petites tropéziennes dorées, qui au final n'étaient plus que boue et source de douleur pour mes pieds en laissant entrer tous ces salauds de cailloux à chacun de mes pas. On arrive quand même au bout et là... Rien que d'y penser j'en frissonne (...)

Suspense

Au loin, notre première rencontre du week-end. Une pétrolette (à la campagne y'a pas de scooters) arrive dans notre direction mais s'arrête au bout du chemin (parce que c'est une petite fiotte qui ose pas traverser le champ). Il nous observe j'en suis sûre, il se demande qui il va buter la première. B. , fleur bleue, me dit que ça doit certainement être le propriétaire qui est pas content du tout qu'on ait massacré son maïs et qui nous prend peut-être pour des-gens-quaiment-pas-le-mac-do. Bon, il rebrousse chemin mais moi je suis plus du tout rassurée, alors la Charente elle attendra, je veux qu'on rentre à la maison. On commence donc à retaverser le champ et là la pétrolette (en fait c'était un tricycle à moteur) arrive dans notre dos, on se retourne et on le croise, il a une casquette à l'envers mais au moins 40 ans. Je crois voir de l'écume aux lèvres mais je suis pas sûre. En tous cas, il a pas l'air net. Je cours, au risque de signer l'arrêt de mort de mes tropéziennes, mais comme je tiens plus à ma vie hein. Il fait quelques tours et revient encore près de nous. Là je flippe à mort, je ramasse une grosse pierre coupante sous les quolibets de Betty qui persiste et signe en affirmant ,désinvolte, que c'est juste un mec du coin qui fait son Kéké. Ben voyons. Moi je vois plus le benêt du village qui trouve enfin une occasion de se dépuceler mais j'ai sûrement l'esprit tordu.

Toujours est-il qu'il semble définitivement parti et que B. insiste pour qu'on se pose quand même au bord de la Charente mais dans un endroit moins propice à notre disparition. En plus, j'te dis pas le bon plan, hop on les fout dans la flotte, avec un peu de chance demain y pleut, y a du courant et on nous retrouve jamais.

On se pose donc quelques instants au bord de l'eau puis j'ai trop envie de fumer et comme on est plus trop loin de la maison on décide d'aller chercher les clopes et d'y revenir après. Parce qu'un instant parfait sans clope, tu vois c'que je veux dire. En plus y'avait des cygnes, le coucher de soleil et tout c'était ouf. Au moment où on reprend les vélos et qu'on s'éloigne on recroise Gilbert et son tricycle qui nous regarde comme une bête affammée. Comme par hasard, on le voit s'arrêter à l'endroit où on était assises y a deux minutes. Certainement pour se masturber!

Une fois les clopes en mains, hors de questions que j'y retourne alors on part se balader ailleurs, à pieds. On croise un pré plein de vaches. C'est con mais c'est mignon quand même. Surtout les p'tits veaux, tout clair, couchés nonchalemment dans l'herbe ce qui me vaut cette phrase dont je serai longtemps moquée "Regarde comme ils sont beaux, tu trouves pas qu'on dirait des ptits lionceaux dans la savane?"...

Un peu plus loin, on croise un ragondin, que B. traque sans relâche et sans succès aussi. On passe par le cimetière du village. Me connaissant, c'était un peu étape obligatoire. Il n'y a que deux tombes avec des photos. Un frère et une soeur, morts à dix ans d'intervalle, à 18 ans. Ils voulaient peut-être aller à la ville mais on les en a empêchés? Je suis horrible en plus ça m'intriguait vraiment, leurs visages semblaient déjà tristes, fanés. Enfin on s'imagine des tas de trucs quand on connaît déjà l'issue.

Le soir, complétement crevée, on se couche avec les poules et je saute dans le lit haut haut haut, avec un matelas épais de 2 m (minimum) et je me dis que la campagne m'a gagnée, je renie Paris, j'veux pas rentrer. J'pense même plus au tricycle fou. Je vois juste ce calme qui me fait tellement de bien et ce beau paysage.

Posté par Sole à 00:32 - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Ce week end aurait pu être parfait si nous avions été là.
Ne renie pas Paris, la campagne c'est pas fait pour toi, tu y choppes des puces, c'est un signe

Posté par cALi, 17 juin 2008 à 21:31

En passant

J'aime bien ta vie, ton oeuvre...
Je suis un peu nostalqique de ce que tu éprouves, de ce que j'éprouvais il y a 10 ans...
J'ai l'impression a posteriori de comprendre un peu mieux "ce que veulent les femmes" à 20 ans.
Même si tu n'es pas "les femmes"!
J'aime bien ton style d'écriture en fait, entre madeleine et quête d'identité!

Posté par Jeff, 19 juin 2008 à 18:54

Merci Jeff, tu repasses quand tu veux hein
Madeleine... de Proust?

Posté par Sole, 20 juin 2008 à 00:03

En (re)passant

Je repasse(rai) donc!
Et je continue(rai) à découvrir tes anciens billets...
Oui, tu es ma madeleine proustienne!
A mesure que je goûte tes récits, je revis des sensations et des sentiments endormis...

Posté par Jeff, 24 juin 2008 à 14:41

Tu repostes quand??

Posté par cALi, 02 juillet 2008 à 08:46

Poster un commentaire







Rétroliens

URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=391456&pid=9586368

Liens vers des weblogs qui référencent ce message :